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MediaPhi n°8

Têtes réduites

La vie c’est peu de choses
en peu de proses.
Un produit de synthèse,
fini à la sucralose, la cellulose…
Un truc lyophilisé,
moulu ou torréfié
qui s’échapperait d’entre nos pognes.
 
Pour qu’elle nous ait l’air consistante
il faut toujours en rajouter,
sans quoi l’on n’aurait jamais
ce qu’on avait escompté.
Alors on l’agrémente…
dénaturant la denrée
avec ce qui passe
sous la main,
comme on le ferait
d’un café allongé,
d’un blanc limé,
d’une cocaïne
coupée pyracetam,
lévamisole,
buflomedil…
 
Faire d’entités éclatées
un tout recomposé.
Ne pas s’amuser à comprendre,
de quelles et telles matières s’est fait.
Touiller,
ouvrir grand la bouche,
manduquer,
se pincer le nez,
digérer,
salmigondis et ripopée…
Si la colique nous en vient,
on ne peut guère que la supporter.
Les fesses serrées.
 
Réagir à tout ça ?
S’en défendre ?
Vivre une demi-vie
par désir de pureté ?
Non merci…
 
Ces cochoncetés
je préférerais m’en farcir,
coudre mes lèvres,
siller mes yeux,
continuer à faire mijoter
ma caboche
dans ce bouillon quotidien
aux embruns factices
d’exhausteurs de goût
arômes : E621, E508, E270, E968 ;
qu’elle en finisse cuite, burinée, usée…
telle une tête réduite :
 
cet artefact tribal
qui, vidé de sa matière à penser,
devient la prison d’un esprit tourmenté.