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MediaPhi n°6

Phoenix

L’humanité est un vieux phœnix
en bout de course…
À force de renaître de ses cendres,
Il ne ressemble guère qu’ au cadavre
d’un bûcher.

L’œuf a éclos pour la énième fois
Dans un foyer dégénérant
avec le temps.
On ne transmettra rien à l’oisillon,
À la rigueur; copuler, déféquer,
garder le bec cloué…
Au risque d’attirer les rapaces…
Le véritable faire-savoir a été oublié.

Ils le jetteront du nid,
Le forceront à voler avec des ailes
Qu’ils lui auront brisées,
Ils riront, de ce qu’ils appelleront
sa maladresse.

Il dégringolera dans l’air du temps,
Sans structure, sans perchoir
sur lequel se reposer…
Il apprendra seul à se stabiliser
sur les bourrasques,
À trouver de la chaleur
jusqu’au coeur des blizzards.

Mais son petit crâne de piaf finira
par se fracasser sur le sol,
Il rampera, cherchera de quoi subsister,
Gavera son gosier d’hard discount
à s’en dissoudre le gésier.

Il comprendra que dans son cas
tout est irréversible.
Il se méprendra sur les causes du déclin,
Il sentira bien un vide
dans sa motivation, sa volonté,
Ce sera l’absence de conscience sociale
Qu’il aura confondu avec son « bien être »
Il se retournera la cervelle à la pioche
Au nom du développement personnel,
Alors que ce dont il manquait
se trouvait bêtement
Dans la tête des autres
Qu’il méprisera catégoriquement.

Il imaginera grandir l’enfant
qu’il n’aura pas mis au monde,
Et regardera mourir son espèce.

Ceux qui voudront faire semblant
D’avoir su garder leur queue
flamboyante, en panache,
se bourreront le fondement,
de papier crépon
Et joueront la carte
de la tendance…

Et si par mégarde il enfantait
Ce serait d’un moineau fou
Qui en bon kamikaze
S’exploserait la face
Contre les vitres des immeubles
Qu’il n’habiterait jamais.